LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 27.06.10 | 18h21 • Mis à jour le 28.06.10 | 11h05
Le Kirghizistan a adopté par référendum dimanche une nouvelle Constitution censée l’aider à surmonter son instabilité politique et tourner la page des violences des derniers mois. Les électeurs kirghiz se sont prononcés à 90,59 % en faveur de la nouvelle Constitution, et à 8,04 % contre seulement, selon des résultats officiels quasi définitifs, publiés tôt lundi par la commission électorale sur son site Internet et portant sur 99,05 % des bureaux de vote. Les résultats définitifs sont attendus d’ici deux jours.
"Aujourd’hui est un jour très important, historique pour le pays. (...) La nouvelle Constitution a été adoptée en dépit des attaques sauvages de ses opposants", s’était déjà félicitée Rosa Otounbaïeva, présidente par intérim de ce petit pays d’Asie centrale, pauvre et instable, deux heures après la clôture des bureaux de vote. Près de 70 % des 2,5 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, a indiqué la commission électorale. "A notre joie et à notre étonnement, on ne nous a pas signalé d’incident grave ou de plainte d’importance", a déclaré le président de la commission.
Plusieurs dirigeants de l’opposition, interrogés par l’AFP, se sont dits circonspects sur ces chiffres. "Je doute fort que les données de la commission électorale correspondent à la réalité, étant donné que des observateurs de notre parti sur place donnent des informations contraires", a déclaré Adakhan Madoumarov, chef du parti Boutoun Kirghizstan, proche du président déchu Kourmanbek Bakiev. L’ancien ministre de l’intérieur et chef du parti Ata Jourt a jugé que les chiffres étaient "irréels" et a accusé le gouvernement par intérim de "falsifications massives".
La nouvelle Constitution devrait affaiblir considérablement le président au bénéfice du Parlement, afin d’éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’une seule personne. "Le peuple a mis un point final à l’époque de la gestion autoritaire et familiale", a estimé Mme Otounbaïeva en allusion aux précédentes présidences d’Askar Akaïev et de Kourmanbek Bakiev, tous deux renversés lors de soulèvements populaires. Les autorités provisoires comptent beaucoup sur ces réformes pour stabiliser le pays, qui a connu plusieurs vagues de violences ces derniers mois.
"UN POUVOIR FORT"
Beaucoup d’observateurs locaux et étrangers avaient mis en garde contre la tenue de ce vote alors que la situation demeure très précaire dans le sud du pays après les violences de la mi-juin entre Kirghiz et Ouzbeks, qui ont fait plusieurs centaines de morts selon un bilan provisoire. Le président russe, Dmitri Medvedev, a déclaré pour sa part dimanche redouter une "division" du pays et craindre que la nouvelle Constitution n’attise l’extrémisme. "Une république parlementaire au Kirghizistan pourrait encourager l’arrivée au pouvoir de forces extrémistes", a déclaré M. Medvedev à l’issue du sommet du G20, à Toronto, estimant nécessaire "un pouvoir fort" pour éviter l’"éclatement" du pays.
Les violences avaient poussé quelque quatre cent mille personnes à fuir leur domicile. Beaucoup sont rentrées chez elles, mais font face à une situation humanitaire très difficile. Historiquement, les relations entre la minorité ouzbèke (15 à 20 % de la population du Kirghizistan) et les Kirghiz sont tendues dans le Sud, notamment en raison des disparités économiques entre communautés. La présidente a appelé ses concitoyens à rendre hommage aux victimes des violences de la mi-juin.
Le couvre-feu imposé depuis les violences dans plusieurs zones du sud du pays et temporairement levé samedi pour le scrutin, devait être rétabli dimanche soir. Le oui au référendum devrait permettre la formation d’un nouveau gouvernement qui restera en poste jusqu’aux législatives anticipées prévues en septembre. Leur date exacte sera prochainement annoncée. Mme Otounbaïeva devrait assumer les fonctions de présidente jusqu’à la présidentielle prévue en octobre 2011.
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