Sei all'interno di >> GiroBlog | L’Uomo Malpensante |

Enquête sul la diplomatie religeuse de l’Arabie saoudite - entretien avec Pierre Conesa

Au coeur du pouvoir et de la politique étrangère de Ryiad
di Emanuele G. - mercoledì 3 gennaio 2018 - 2538 letture

L’entretien avec Pierre Conesa représente la continuation du notre voyage au sein du monde arabe et islamique.

Pierre Conesa nous donne une toute particulière interpretation de la politique étrangère de l’Arabie saoudite. Une politique étrangère qui a un seul objectif: la suprématie du Sunnisme. Et pas seulement dans le monde arabe.

Avant de lancer l’entretien avec Pierre Conesa quelques mots sur l’auteur.

Agrégé d’histoire et ancien élève de l’ENA, Pierre Conesa fut membre du Comité de réflexion stratégique du ministère de la Défense. Enseignant à Sciences-Po, il écrit régulièrement dans LeMonde diplomatique et diverses revues de relations internationales. Il est notamment l’auteur de Guide du Paradis : publicité comparée des au-delà (L’Aube, 2004 et 2006), de Les Mécaniques du chaos : bushisme, prolifération et terrorisme (L’Aube, 2007), de La Fabrication de l’ennemi (Robert Laffont, collection « Le Monde comme il va », 2011) et de Dr Saoud et Mr Djihad (Robert Laffont, collection « Le Monde comme il va », 2016).

Le rôle de la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite

"L’Arabie saoudite a dès sa création en 1932, développé une diplomatie religieuse destinée à propager le « Salafisme » et non le « Wahhabisme ». C’est comme cela qu’Ibn Saoud qualifie la religion dès 1923, et dès 1956, le prince et futur roi Fayçal déclare officiellement que « l’islam (wahhabite évidemment] doit être au centre de la politique étrangère du royaume ». La diplomatie religieuse saoudienne fut d’abord anti-nassérienne. Nasser, le grand leader du monde arabe de l’époque était très critique à l’encontre des monarchies du Golfe. Elle oppose le panislamisme au panarabisme de Nasser, elle crée la Ligue Islamique mondiale en opposition à la Ligue Arabe, et enfin elle fonde l’Université Islamique de Médine pour contrer l’influence de l’Université Al Azhar du Caire. L’Arabie saoudite a constitué une « industrie idéologique », enfant bâtard entre le Soft power à l’américaine et le système propagandiste communiste. Par sa diversité et sa complexité, le système saoudien est aussi riche et complexe que son homologue américain : Ligue Islamique Mondiale; organisations internationales pour la jeunesse ; créations de madrasas gratuites avec livres, nourriture et imams payés dans toute la planète ; grandes fondations privées aux immenses moyens, ONG « humanitaires », politique de bourses pour attirer vers les Universités islamiques du royaume les meilleurs élèves des madrasas étrangères, media planétaires. Le régime wahhabite le plus intolérant de la planète, s’autorise même à prôner la tolérance en créant à Vienne le richissime KAIICID (King Abdullah Bin Abdulaziz International Center for Interreligious and Intercultural Dialogue).

Mais il est également héritier du système communiste par son idéologie totalitaire et ses commissaires politiques, corps de missionnaires de toutes origines, formés à l’universités de Médine, sorte « d’Université Lumumba ». Plus de 25 000 boursiers étrangers venus de 160 nationalités, y sont passés en une trentaine d’années, puis repartis faire de la prédication dans leur propre pays (parfois avec salaire). La publication par Wikileaks de plus de 60 000 documents diplomatiques saoudiens a donné accès à l’intérieur de ce système très opaque. La Ligue Islamique Mondialeest le bras arméofficiel, qui a parfaitement su s’adapter aux contextes locaux en ouvrant madrasas gratuites, bibliothèques, dispensaires, financement de mosquées (selon le journaliste saoudien Dawood al-Shirian,entre 1500 mosquées et 5000 mosquées « à partir de fonds publics saoudiens au cours des 50 dernières années » parfois avec imams inclus) et bourses d’études."

On peut penser que le financement des groupes jihadistes est un aspect « naturel » de ce dessein de suprématie saoudienne…

"La similitude entre Salafisme et Wahhabisme est totale : sectarisme à l’encontre des autres pratiques du sunnisme, discrimination et violence légale contre le Chiisme, racisme à l’encontre des « mécréants », antisémitisme, obscurantisme, négation de la loi humaine, haine de l’Autre, misogynie, homophobie, intolérance (liste non exhaustive). En termes de science politique, penser qu’existerait un salafisme « quiétiste » tolérable, est à peu près aussi vain que penser que le nazisme pouvait avoir une forme pacifique.

Il était inimaginable pour les capitales occidentales de penser que l’Arabie, pays profondément religieux,qui était alors un nain politique et un excellent client, que les forces armées occidentales ont protégé, puisse avoir sa stratégie propre nuisible aux régimes démocratiques. A l’époque de la Guerre Froide, « les ennemis de nos ennemis étaient par nature nos amis ». Pourtant l’aide saoudienne wahhabite imposée au Pakistan du Maréchal Zia a donné naissance aux Taliban (étudiants en religion), exacte copie des salafistes djihadistes. Après les attentats du 11 septembre, cédant aux pressions américaines Riyad dissout non seulement la fondation Al Haramain, filiale de la LIM,et ses 11 bureaux à l’étranger mais également 267 ONG caritatives… Pourtant les néo-conservateurs américains parvinrent à éviter d’accuser Riyad. Et l’Europe acquiesça ! Fantastique succès de la stratégie d’influence de Riyad pour éviter l’accusation religieuse. Grande leçon de « soft power »."

Toutes ces organisations (LIM, madrassas, universités, NGO…) ont l’objectif de garder intacte la suprématie du Sunnisme par rapport au Chiisme…

"L’acte de décès du socialisme arabe est dressé après la guerre des 6 jours, et en 1973, la crise du pétrole fait accéder l’Arabie saoudite au rang de puissance mondiale. L’année 79 constitue un tournant. Le régime est secoué en février par la révolution à Téhéran :le chiisme prend le leadership de l’Islam politique antiimpérialiste et conteste la légitimité des Saoud pour gérer les Lieux Saints. En novembre, la Grande Mosquée de la Mecque est occupée pendant 18 jours par des descendants des Ikhwan, force tribalo-religieuse qui avait aidé les Saoud à prendre le pouvoir, qui dénoncent la modernisation accélérée du pays et la corruption des princes. Heureusement le grand Mufti sauve théologiquement le régime. Enfin en décembre, l’invasion soviétique en Afghanistan donne au régime l’occasion d’appuyer les appels au bon « Djihad » de ses oulémas et expédier hors du pays les turbulents contestataires (5000 saoudiens sur 25 000 candidats étrangers dans les rangs des Moudjahidine).

Toujours anticommuniste, la diplomatie religieuse va de plus en plus devenir anti-chiite. La diplomatie d’Etat de Riyad peut prendre tous les revirements possibles en fonction des nécessités de la survie de la famille Saoud, par contre la diplomatie religieuse se caractérise par sa constance et explique la propagation mondiale du salafisme, la lutte planétaire contre le chiisme et le basculement vers le djihad. Les Saoudiens étaient pendant longtemps le plus gros contingent des combattants étrangers dans les rangs de Daech. Le Djihad fait partie de l’histoire nationale enseignée dans les écoles car proclamée par Abd al-Wahhab pour lutter contre l’Empire ottoman puis contre les autres tribus musulmanes de la péninsule.

La diplomatie religieuse semble être la soupape de sécurité pour gérer la contradiction majeure du système saoudien : l’appel à l’aide aux mécréants pour sauver la dynastie doit être « justifiée » par le Conseil des Grands Oulémas, qui, en échange obtient la gestion de la société civile et les moyens pour la diffusion du wahhabisme dans le monde, jusques et y compris sur les territoires occidentaux. La diplomatie religieuse est inscrite dans l’ADN du pays. La diplomatie religieuse saoudienne est dorénavant devenue planétaire et plus centralisée. Les télégrammes Wikileaks montrent que toutes les décisions remontent à un Conseil près du Roi où siègent entre autres, les ministères des affaires étrangères et celui des affaires religieuses, mais aussi celui du renseignement. Elle devrait constituer un objet d’étude de relations internationales, ce qu’elle n’est pas à cette heure."

Quels les objectifs en Europe de cette singulière politique étrangère ?

"Riyad a dépensé autant d’argent pour sa diplomatie religieuse que pour ses achats d’armement sur les dernières décennies, entre 6 à 7 milliards $ par an, largement mieux dotée que la propagande soviétique à sa belle époque (2 milliards $ par an).La radicalisation pourrit aujourd’hui toutes les grandes religions (néo-évangélisme américain, judaïsme radical dans les territoires occupés, Hindouisme avec le BJP en Inde, et même Bouddhisme violent au Myanmar), mais l’originalité du radicalisme musulman est d’avoir été constamment soutenu idéologiquement et financièrement par un pays aux énormes moyens et à la légitimité religieuse indiscutable.

Dans les démocraties communautaristes comme le Canada, ou la Grande Bretagne ou les USA, la LIM a réclamé la constitution d’une « identité islamique » dotée de ses tribunaux islamiques et écoles coraniques,et dans les pays laïques comme la France ou l’Italie, elle dénoncela législation « discriminatrice » ou « islamophobe ».

Comment le salafisme a t-il pris la place du tiers-mondisme? Est-il utile de rappeler les multiples trahisons des responsables occidentaux dans la région du Moyen Orient. Après les destructions du 11 septembre 2001, les néo-conservateurs américains et français, saisis d’une furie guerrière, ont envoyé des armées contre l’Afghanistan des Taliban, premier émirat salafiste de l‘histoire, puis détruit l’Irak, puis la Libye, puis l’intervention alliée sur le théâtre syro-irakien, et maintenant au Mali et dans la zone sahélienne. Dans le même laps de temps, une seconde intifada, deux opérations aériennes contre Gaza et une action aéroterrestre contre le Liban, les ont laissés sans voix. Ce double standard des plus scandaleux, a largement contribué l’exacerbation du sentiment d’injustice pour le plus grand bonheur de tous les Salafistes de la planète."

Alors la lutte contre le soi-disant Etat Islamique est plus ou moins une gigantesque hypocrisie…

"Oui ! Aujourd’hui le régime wahhabite a été secoué par les Printemps arabes ; il est contesté par les Frères Musulmans qu’il a protégés, mais aussi et surtout par le salafisme djihadiste et Daech comme le Docteur Frankenstein visité par le monstre qu’il a créé. Daech a constitué un proto-Etat en Syrie et en Irak, il a marginalisé al- Qaida, il exerce une attraction internationale forte dans le monde arabo-musulman mais aussi dans les pays occidentaux, en Amérique du Nord, en Afrique sub-saharienne, en Russie et même en Extrême Orient. L’Etat islamique symbolise plus que Riyad, la Oumma, puisqu’il a attiré 25 000 combattants étrangers provenant d’une centaine de nationalités, alors que Riyad ne fait presqu’aucune naturalisation, construit un mur plus long que celui d’Israël et sélectionne les réfugiés (sunnites) fuyant les crises régionales. En se proclamant Calife « commandeur des Croyants », Al Baghdadi se place au-dessus des Saoud, simples « serviteurs des Lieux Saints ».

Riyad, conscient de ce défi mortel, ne cherche pas à détruire le djihadisme de Daech qui ressemble tant à sa propre société, il le concurrence en visant les mêmes objectifs anti-chiites et en appliquant les mêmes règles répressives. Il laisse le combat contre al-Baghdadi aux pays occidentaux et préfère bombarder les Chiites au Yémen (une centaine d’avions contre le Yémen et aucun contre Daech), conforter la monarchie sunnite à Bahreïn, décapiter un haut dignitaire chiiteet finalement constituer une « alliance islamique contre le terrorisme » de 34 pays sunnites -sans aucun pays chiite."

Ca suffirait faire la grosse voix avec l’Arabie Saoudite pour faire taire le jihadisme ?

"Non ! Se limiter à identifier les sources de financement de l’Etat Islamique ou des groupes terroristes comme le font les Occidentaux ne suffira pas à tarir le recrutement terroriste. Le Salafisme enseigné dans les Universités et les madrasas wahhabites de la planète, est le moteur idéologique qui continuera à tourner au-delà de la disparation de l’Etat islamique, si on ne l’arrête pas. « L’islam politique » est peut-être mort, mais la diplomatie religieuse saoudienne ne l’est pas. La dangerosité du wahhabisme est aujourd’hui dénoncée dans les pays arabo-musulmans d’où proviennent les réactions les plus fortes (Maroc, Algérie, Indonésie, Ouzbékistan, Tadjikistan, Pakistan…),mais ne l’est pas dans les pays occidentaux. Aucune cause n’a causé plus de tort à l’image de l’Islam dans le monde que le wahhabisme. Le Prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed Ben Salmane prétend vouloir instaurer un Islam « tolérant et ouvert » mais il ne s’est pacs encore attaqué au corps des Oulémas ntamment les Al Sheikh descendants d’Abd al Wahhab, qui tiennent toute la diplomatie religieuse et la société civile."

A la fin y-aura-t-il une guerre entre l’Arabie Saoudite et l’Iran

"L’obsession anti-iranienne et anti chiite est constante dans les télégrammes révélés par Wikileaks. Les postes diplomatiques saoudiens même les plus éloignées de la région sont obsédés par la détection des chiites. Radicalisme sunnite contre radicalisme chiite, faut-il que les Occidentaux s’en mêlent ? Je ne le crois pas. Une guerre régionale est possible mais elle ne doit pas devenir « mondiale »."

Combien de réflexions on peut tirer en lisant le livre de Pierre Conesa. Des réflexions qui nous mènent à avancer plusieurs soupçons par rapport la situation du Moyen Orient.

- Article concernant le livre "Dr. Saoud et Mr. Dijhad" de Pierre Conesa (ouvrir le lien en cliquant):

Dr. Saoud et Mr. Dijhad

- Photo:

La photo a été prise en consultant le site de Robert Laffont Editions


Rispondere all'articolo - Ci sono 0 contributi al forum. - Policy sui Forum -